| ancre Textes de Bernard Berthier |
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| La ronde | La fourmillère | ||
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Tu
es venu voir
Dedans mon miroir Comment va le monde ; Je ferme les yeux Pour t’oser répondre, Chère tête blonde, Qu’il va pour le mieux... Qu’il y a des pays Gorgés de maïs, Qu’il y a des pays Ruisselants de crème… On n’y mange rien Que ce que l’on aime Et même en Carême Les rats n’ont plus faim. Qu’il y a des maisons Bordées de gazon Qu’il y a des maisons
Closes par des grilles Où des chiens charmants Dont la queue frétille Soudain s’égosillent Quand passe un enfant… Refrain Qu’il y a des endroits Où règne le
droit,
Qu’il y a des endroits Où on prend les Bastilles On vit sans façon, On est en famille Et là une fille Vaut presque un garçon. Tout va pour le mieux Quand on devient vieux, Tout va pour le mieux, On rentre à l’asile Comme on rentre au port Esquif inutile Toujours immobile,
Ni vivant ni mort. Refrain Je sais un pays Si riche en fusils, Si riche en fusils Qu’il n’en a que faire ; Les prête alentour À ceux qui préfèrent Jouer à la guerre Plutôt qu’à l’amour. Je sais des cités Aux nuits agitées, Je sais des cités Pleines de lumières Où nous permettons Aux traîne-misère De mourir par terre Dans l’ombre d’un pont. Comme tu peux voir Dedans mon miroir, Il tourne, le monde ; Tout va pour le mieux. Entre dans la ronde, Chère tête blonde, Entre dans la ronde, Chère tête blonde, En fermant les yeux. Entre dans la ronde Chère tête blonde, En fermant les yeux. |
Ce
matin, mon cher ami,
Moi qui suis propriétaire D’une belle fourmilière Je contemplais mes fourmis. Je n’ai pas eu le courage De dénombrer mon cheptel, D’espionner si telle ou tel Était bien à son ouvrage... Leur nombre est indéfini ; En gros, je leur fais confiance : Qu’ell’ travaill’ ou qu’ell’ se fiancent, Je n’en ai jamais puni. J’examinai donc l’ensemble. Oh ! quel embrouillamini ! De quoi donner le tournis, Ce monceau de vie qui
tremble...
Et toujours sous le harnais, De l’aurore au crépuscule, Sans grincer des mandibules, Sans boire aux estaminets. L’une traîne une brindille Bien plus longue que son corps ; Une autre bat le record Du jeter de l’escarbille... Nulle
n’élève la voix ;
Aucune myrmécommère
Ne pérore ou déblatère Au passage des convois. Chacune
vaque à sa tâche, De la
naissance au tombeau ;
Nul mâle ne fait le beau En se frisant la moustache. Ah ! quel exemple pour nous, Vils paresseux que nous sommes ; Quelle leçon pour les hommes ! Pensais-je, encore à genoux.
"Baisse
le nez, fier Sicambre,
Et modère ton orgueil" Me dis-je, la larme à l’œil Et des fourmis dans les membres... Et, quittant ce tourbillon Térébrant comme un reproche, Dans la prairie toute proche J’ai visité mes grillons.
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| Les Champignons | Le nez | ||
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Voici
le déclin des beaux jours,
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Rien
de plus voyant que le nez : Il a beau faire, on a beau dire,
On le croirait un tantinet Orgueilleux de nous enlaidir. La bouche embrasse et l’œil sourit ; De cheveux s’habille l’oreille ; Moustaches, barbes et favoris Estompent les joues trop vermeilles. Mais, anachronique et luisant Reste de groin, museau en fuite, A tous les mauvais coups cuisant, Rougeoyant z’a toutes les cuites, Le nez propice au coryza Rabaisse l’ange vers la bête, Ramène au porc un Spinoza, Et tout l’orchestre à la trompette. Rien de plus gênant que le nez, Lequel nous donne un regard torve Quand nous tentons de ramoner Du doigt les tuyaux de la morve. Pire encor quand il est bouché : D’autant plus pesant qu’inutile, On ne peut rien pour le moucher, Cet appendice non rétractile. Ah ! combien de fois l’on s’est plaint Dans les baisers de bouche à bouche Que l’adversaire, en plein câlin, Du nez tentât des escarmouches ! Combien de fois l’on a rêvé De fair’ l’amour à la Camarde Pour avoir un creux où planter Son cartilage à la hussarde ! C’est un scandale que le nez Planté,
gonflé, sans goût ni grâce ;
Mais qui voudrait le sectionner ? Que faudrait-il mettre à la place ? Retenez votre inspiration, Vous qui réclamez
la censure
De ce point d’interrogation Mis à l’envers sur la figure. En attendant que vous trouviez Une structure idoine et fine, Je garde ce bec d’épervier Pour parapluie de mes narines, Pour flairer l’odeur des saisons, Pour me remplir de l’atmosphère, Pour faire un pied à la raison Et le mettre dans vos affaires. |
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| Le jardin d' Epicure | Au ski avec tonton Jean | ||
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Comme
on n'a pas des cœurs d'apôtres, |
Quand
Tonton Jean, ce bel athlète, Une fois l'an m'emmène
au ski,
Lui et moi sommes à la fête Car nous trouvons le ski exquis. Jean est un slalomeur habile, Il pratique en toutes saisons, Et tout comme lui je jubile, Mais pas pour les mêmes raisons ! Quand d'amont glisse une frangine, Tonton zyeute les fixations, Moi, je reluque la poitrine : Chacun s'adonne à sa passion. Passe le skieuse en souplesse : Il lorgne la marque des skis, J'observe la marque des fesses ... Le plus perspicace, c'est qui ? Devant la belle-de-nivose, Nous ouvrons grands nos quatre zyeux, Les skis sont signés machin chose, Le popotin est signé Dieu ! Pour moi, le sport devient prière... Tandis que Jean file devant, Ce Saint-Siège et Sacré-Derrière Me retient, fidèle et fervent. Le regard droit sur ses spatules, Mon Tonton dévale les monts, Moi, je tombe sur les rotules, Aux genoux de mon doux démon. Jean cherche un autre tire-fesses, Moi, j'avoue que je l'ai trouvé, Et quand déjà le soleil baisse, J'en suis encor’ tout transporté ... Ainsi, quand je vais à la neige, Et que Tonton skie, consciencieux, Je fais dévotement cortège Aux signes tangibles de Dieu, L’été, je hante une autre église, — La plage — où le grand Manitou Plus clairement m'évangélise Puisque ses preuves montrent tout ! |
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Les
petit’ femm’ de pirates
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Le
salpêtre et le nitrate |
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| Tête-bêche | La Motte-Picquet | ||
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Je
n’oublierai jamais Le goût aux antipodes, Des plaisirs que permet L’art des gastéropodes. O maître des geishas Et des hermaphrodites , Rendez plus érudite Ma langue offerte au chat ! O parfait androgynes, Montrez comment toucher Nos doubles origines, Comment les aboucher ! A jamais je remembre, Je n’oublierai jamais Ni ce novembre en mai Ni ce mai en novembre. Ce fumet de tes bas La chaleur de ces pipes, Le moelleux de tes lippes O reine de Saba ! Nous inverserons nos pôles Dans le décubitus Cher au primat des Gaules (*) Naturel au fœtus . Dans ce double commerce Du pair et de l’impair, Notre tête se perd Et nos chiffres s’inversent. O reine de mes nuits, Dès demain je remembre Ce terroir de gingembre Où se creusent tes puits.
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Passent
Raspail et Denfert.
Je rêve, et n’ose rien faire, Madame, dans ce métro, Pour créer notre atmosphère Parmi tous ces gens en trop. Pourtant, vous
êtes très belle |
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Quand
il fut lassé d’Élise
Il la coupa en morceaux ; Ils les mit dans sa valise ; Il nettoya son couteau. Tu le savais, chère Élise, Que notre amour passerait ; Tu étais encore éprise Quand l’ennui me torturait ? Je n’ai fait qu’hâter la crise De notre amour en morceaux ; C’est la vie — sais-tu — qui brise Les sentiments les plus beaux. Il emporta la valise À la gare et la posa Dans un train de marchandises, Direction : les mimosas. |
Adieu,
adieu, chère Élise !
Vois, j’agite mon mouchoir ; Quitte à mouiller ma chemise, Je vais pleurer dans le noir, Et mettre un cierge à l’église Aux pieds de sainte Élisa ; C’est la vie — sais-tu — qui brise Les serments que l’on osa. Et tandis que la valise, Entre lard, graisse et saindoux, S’égouttait couleur cerise, Il broyait ses billets doux. Tes mots d’amour, chère Élise, N’étaient que miel en ruisseaux ; De peur que je m’y enlise, J’envoie tes perl’ aux pourceaux. Qu’ainsi mon cœur cicatrise, Mon pauvre cœur d’amadou ; C’est la vie — sais-tu — qui brise Les souvenirs les plus doux... |
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